L’intrapreneuriat n’est pas toujours perçu comme un mode d’innovation efficace. Il est considéré par certains comme coûteux et avec un retour sur investissement hasardeux. D’autres pointent la dispersion des activités, le choc culturel ou l’inadéquation avec les processus internes. L’intrapreneuriat permettrait simplement aux employés de se distraire un peu. C’est donc souvent un budget secondaire, que l’on coupe naturellement en temps de crise.
Spoiler : c’est une erreur. Bien pensé, cadré et réalisé, l’intrapreneuriat est une source d’innovation intarissable et un levier de croissance important. Nombre d’entreprises mondialement connues doivent leur succès ou leur salut à l’intrapreneuriat. En France, des programmes bien structurés ont également permis de très nombreuses réussites de projets portés par des employés.
Pour certaines, l’intrapreneuriat a changé la trajectoire de l’entreprise. Dans d’autres cas, il a permis de conserver un leadership ou de conquérir des marchés adjacents. Des mythes fondateurs aux succès récents, regardons de plus près l’impact qu’a eu l’intrapreneuriat et les conditions qui ont permis cette réussite.
1. L’origine : des side projects intrapreneuriaux devenus des produits mythiques
L’origine intrapreneuriale de nombreux produits au succès mondial n’est pas souvent connue ni mise en avant. Prenons quelques exemples connus et marquants :
- Au début des années 1990, Ken Kutaragi, ingénieur chez Sony et passionné de jeux vidéo, croit au potentiel d’une console Sony et cultive cette idée. Malgré le scepticisme des dirigeants, il persévère et trouve des alliés en interne. En 1994, la PlayStation sort et ouvre une nouvelle ère pour Sony. La division gaming du groupe est aujourd’hui celle qui génère le plus de chiffre d’affaires.
- À la fin de la même décennie, Microsoft domine le marché des logiciels et jeux pour PC mais voit Sony comme une menace grandissante. Un petit groupe d’ingénieurs imagine alors une console concurrente bâtie autour de la technologie maison DirectX (d’où le nom d’origine, DirectX Box). Ils développent un prototype en mode “startup interne”, parfois en cachette, avant d’obtenir l’aval de Bill Gates. Lancée en 2001, la Xbox fait un carton et devient un pilier de Microsoft.
- Dans le domaine du numérique, comment ne pas citer l’exemple iconique de Gmail ? Au début des années 2000, le marché des messageries web était largement dominé par Yahoo et Hotmail. Paul Buchheit, ingénieur chez Google, décide de développer un service d’email radicalement différent : recherche instantanée, 1 Go gratuit (au lieu de quelques Mo), interface innovante. Gmail sort en 2004 et bouleverse le marché (près de 2 milliards d’utilisateurs à ce jour).
- En matière d’impact, il serait difficile de passer à côté de ce dernier exemple. En 2007, Facebook cherchait à rendre l’expérience des utilisateurs plus interactive et à accroître leur engagement. Une équipe interne propose au cours d’un hackathon une idée simple mais novatrice : un bouton pour exprimer facilement son approbation sous les posts. Le prototype développé en quelques jours est testé auprès des utilisateurs. Le bouton “Like” est lancé et devient un symbole mondial de l’interaction sociale en ligne, transformant la manière dont les utilisateurs communiquent sur les réseaux.
Des exemples comme ceux-ci, il en existe à la pelle. Nous n’avons même pas cité des success stories comme Nespresso ou Amazon Web Services, qui ont aussi été des projets intrapreneuriaux. On pourrait (on devrait ?) écrire un livre à leur sujet.
2. De nombreux succès aussi en France
En France, l’intrapreneuriat passe par des programmes plus structurés, à l’image de ceux que nous accompagnons chez Start the F Up. Depuis 15 ans, ces initiatives se sont multipliées au sein des grands groupes français, on en dénombre plus de 60 aujourd’hui. Regardons quelques exemples de réussites intrapreneuriales à la française :
- La marque Les 2 Vaches a permis à Danone de se positionner sur le marché du bio et de répondre à la demande croissante de produits plus responsables et engagés.
- Nona Source, sorti en 2018, a permis à LVMH de valoriser ses stocks de tissus dormants en les revendant, s’inscrivant ainsi dans une démarche d’économie circulaire et de durabilité.
- Croix-Rouge Mobilités propose localement des solutions de mobilité partagée et solidaire (comme l’autopartage, le transport solidaire, le vélopartage ou les dispositifs itinérants « Croix-Rouge sur roues ») afin de faciliter les déplacements des personnes isolées ou vulnérables tout en renforçant le lien social sur les territoires.
- Chez EDF, au moins 7 filiales ont été créées grâce à des projets issus de son programme d’innovation EDF Pulse
- [Accompagné par Start the F Up] Issu du programme annuel d’Idemia, la technologie Alix automatise et fiabilise l’identification des bagages perdus grâce à l’IA, permettant ainsi une récupération plus rapide, des coûts réduits et une meilleure satisfaction des passagers
- [Accompagné par Start the F Up] Avec Landboost, Egis intégre la biodiversité dans les projets urbains de construction ou de rénovation en proposant des structures imprimées en 3D et des aménagements sur mesure, favorisant l’accueil d’espèces et le renforcement écologique des bâtiments
- [Accompagné par Start the F Up] La Citroën AMI for All permet à Stellantis de redonner de l’autonomie aux personnes à mobilité réduite grâce à une version aménagée de la micro-citadine électrique intégrant des adaptations pour faciliter l’accès, la conduite et le transport du fauteuil à moindre coût
3. Temps protégé, alignement et cadrage : la recette du succès
Ces exemples témoignent du potentiel immense de l’intrapreneuriat, qui peut changer la destinée d’une entreprise. A l’heure de la concurrence mondiale et de l’accélération permanente, l’innovation n’est plus un levier de croissance mais une condition de survie : on connaît de nombreuses entreprises leaders de leur marché qui ont loupé des virages technologiques et ont sombré en quelques années (Nokia, Alcatel ou Blackberry, rien que dans le domaine des télécommunications).
Le vivier de créativité des employés doit donc absolument être exploité et stimulé. La première règle pour y parvenir est de permettre à tout le monde d’exprimer ses idées. Il faut mettre en place des temps protégés au cours desquels les employés peuvent travailler sur des projets annexes, au bénéfice de l’entreprise. Il existe plusieurs méthodes :
- Du temps fixe, comme chez 3M ou Google (15/20%)
- Des moments ponctuels, comme chez Facebook ou LinkedIn (hackathons, journées dédiées…),
- Du temps dédié pendant une période donnée, comme c’est souvent le cas dans le cadre des programmes d’intrapreneuriat que nous accompagnons chez Start the F Up
Les autres conditions découlent naturellement de cette règle du temps libéré :
- S’assurer de l’alignement des idées proposées avec la stratégie de l’entreprise. Pour cela, il faut des sponsors engagés qui accompagnent les équipes et maintiennent une cohérence entre les projets et les priorités stratégiques de l’entreprise. Mais il ne faut pas voir l’alignement stratégique de façon trop étroite. Au contraire, il faut s’aventurer sur des marchés adjacents et prendre quelques risques. L’intrapreneuriat est un type d’innovation frugale qui bénéficie des actifs de l’entreprise (sa marque, sa R&D, son réseau de distribution, etc.), c’est donc le bon format pour tester de nouvelles choses à moindre coût.
- Mettre l’intrapreneuriat au cœur de la stratégie d’innovation de l’entreprise, et le faire savoir aux équipes. En particulier, les managers doivent être impliqués et valoriser les intrapreneurs. Dans beaucoup d’entreprises anglo-saxonnes, pour qui l’intrapreneuriat est plus ancré culturellement, ce sont des politiques internes clés, et ce n’est pas un hasard si ce sont ces entreprises qui ont connu ces succès.
- Enfin, il faut un cadre avec des points d’étape pour s’assurer de la bonne progression des projets et de la pertinence des choix réalisés. Il existe plusieurs types de programmes et d’organisation (programme cadré ou processus continu, par exemple), adaptés à toutes les entités.
Pour les employés, les bénéfices sont nombreux : montée en compétences sur des sujets variés, responsabilisation, bien-être au travail… L’intrapreneuriat permet de sortir du schéma d’hyper-spécialisation et de répétitivité des tâches. Ces bénéfices rejaillissent naturellement sur l’entreprise et sa marque employeur. L’intrapreneuriat est un cercle vertueux.