Auum : 8 ans pour imposer le nettoyage à la vapeur dans les entreprises
Livrer ses premières machines avec des pièces non-conformes. Lever 15M€ trois ans plus tard. Équiper des grands comptes du CAC40 avec une technologie que personne ne voyait venir. C’est l’histoire de Auum, racontée dans cet épisode par son fondateur Clément Houllier. Une histoire de hardware B2B, de cycles longs et de construction patiente, bien loin des trajectoires lisses que l’on raconte souvent dans l’écosystème startup.
Lancer une deeptech hardware depuis une ETI familiale
L’aventure Auum commence en 2018, dans une ETI familiale industrielle du nom de Supratec.
Clément Houllier, ingénieur de formation passé par L’Oréal, y est recruté comme directeur de l’innovation. Il y crée un start-up studio adossé au groupe, avec une règle simple : Supratec peut investir au capital, mais à moins de 25 %, pour préserver l’autonomie des porteurs de projet. Le premier projet du start-up studio sera Auum. Clément décide de le porter lui-même.
Le pari du nettoyage à la vapeur
Supratec possède une filiale spécialisée dans l’achat-revente de machines vapeur industrielles. En creusant cette technologie, Clément identifie un signal fort. L’économie du partage et du réemploi se développe, mais sans que personne ne sache vraiment nettoyer ce qui est partagé.
De là naît la thèse fondatrice de Auum : remplacer le gobelet jetable en entreprise par un système de lavage à la vapeur, instantané, peu énergivore, capable de redonner une place au réemploi dans les espaces professionnels.
Le choix est fait très tôt de ne nettoyer qu’un seul format de verre, le Bodum Pavina double paroi, pour garantir un nettoyage parfait en quelques secondes avec très peu de ressources. Un pari de standardisation contre-intuitif, qui deviendra l’un des actifs stratégiques de Auum.
Le piège du « produit simple »
« Nettoyer un verre, c’est basique. On va aller vite, et on va faire du business. » C’est ce que pense Clément au démarrage.
Trois ans plus tard, il se rend compte qu’il a conçu un des produits hardware les plus complexes qu’il ait eu à développer. La machine combine vapeur, air et eau dans un format ultra-compact, avec une gestion thermique exigeante et un objectif de fiabilité maximale pour rivaliser avec la simplicité du jetable.
Créer de la traction sans avoir de produit
L’un des enseignements les plus marquants de l’épisode concerne le piège structurel du hardware early stage. Pour se financer, il faut montrer une traction. Pour avoir de la traction, il faut un produit qui fonctionne. Pour avoir un produit qui fonctionne, il faut du financement.
Clément résout cette équation à coups de deadlines publiques et de force de conviction. En décembre 2019, Auum organise une soirée de lancement à Station F, avec 300 invités, de la presse, des futurs clients et un partenariat scellé en public avec Bodum. Le produit présenté ce soir-là est une démonstration, loin d’être finalisée. L’opération est pourtant un succès en termes de visibilité et de crédibilité.
Quelques mois plus tard, en août 2020, la MAIF accepte d’investir en amorçage sur un proto qui fuite de partout, sans audit technique. Un pari sur l’équipe et sur la vision, à un stade où peu d’investisseurs acceptent de s’engager sur du hardware B2B.
Les arbitrages brutaux du hardware
En septembre 2021, Auum livre ses premières machines. Les pièces plastiques injectées reçues des fournisseurs ne sont pas conformes aux spécifications. Les équipes en ont pleinement conscience. Elles les montent quand même, livrent, en sachant qu’il faudra rétrofiter les machines dans les mois suivants.
L’alternative, ce n’est pas un produit parfait. L’alternative, c’est la mort de la boîte. Cet arbitrage permanent entre perfection produit et survie économique est l’une des réalités les plus brutes du hardware early stage.
8 ans, 500 modifications produit, 3 tours de table
Entre 2021 et 2026, la machine connaît plus de 500 modifications produit. Un chiffre qui illustre la nature itérative du hardware industriel, où chaque retour terrain déclenche une boucle de reengineering.
Côté financement, Auum enchaîne trois tours de table : un amorçage avec la MAIF en 2020, une série A à 5M€, puis une série B à près de 15M€. Aujourd’hui, Auum équipe des grands comptes du CAC40 et remplace concrètement le gobelet jetable dans les espaces professionnels, avec un modèle de location aligné sur le coût d’usage du jetable.
Après 8 ans à la tête de Auum, Clément passe le relais à une nouvelle équipe dirigeante et repart sur d’autres projets hardware.
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L’histoire de Auum est précieuse parce qu’elle met en lumière une réalité souvent absente des récits entrepreneuriaux : celle des deeptech hardware qui se construisent sur des cycles longs, avec des pivots techniques permanents, des arbitrages douloureux et une résilience qui se mesure en années plutôt qu’en trimestres.
Cet épisode s’adresse aux fondateurs hardware, aux intrapreneurs, aux dirigeants d’ETI qui veulent lancer des projets d’innovation, et à toutes celles et ceux qui s’intéressent à la transformation industrielle et à la construction patiente d’une technologie critique.
🎧 Bonne écoute !